Youhou émet une adresse directe au spectateur, à laquelle celui-ci ne peut évidemment pas répondre. Youhou me montre toute petite, filmée en caméra fixe comme dans cette vidéo de Jochen Gerz, Rufen bis zu Erchöpfung, Criez jusqu’à l’épuisement, 1972, où l’on voit l’artiste, au loin dans le paysage, « s’égosillant […] hélant sans réponse pendant 25 minutes. »1 Cette œuvre de Jochen Gerz et Youhou sont exemplaires de l’idée d’une fausse adresse, renvoyant destinateur et destinataire à leur solitude réciproque et à l’échec du contact dans le simulacre du médium réaliste qu’est la vidéo en plan-séquence fixe. La fausse adresse invite à vivre et ressentir l’impuissance du différé et le bris de l’illusion de la coprésence. Elle fait survenir la rupture et la dissociation après avoir fait miroiter le contact par effet de liaison.

C’est la séparation entre l’espace du simulacre et l’espace de la galerie qui conditionne l’échec de cette tentative de communication. Le spectateur ne peut répondre à cet appel répété. Ici, le simulacre provoque la conscience vive de la perte. Il s’agit de la perte de la possibilité d’action et de réponse à l’appel d’autrui. Cette conscience avivée de la perte liée au simulacre renvoie le spectateur à la distance qui le sépare de l’image d’autrui et brise l’illusion de coprésence. Elle le dé-saisit de la possibilité d’établir des liens et le renvoie à « son isolement et éloignement absolus  »2, pour reprendre les termes du philosophe Stanley Cavell.


1 Françoise Parfait, Vidéo, un art contemporain, éditions du Regard, 2001, p. 215.
2 Stanley Cavell, Projection du monde : réflexions sur l'ontologie du cinéma, traduit par Christian Fournier, Paris, Éditions Belin, 1999, p. 249.