Trous de mémoire est une métaphore sur le travail de la mémoire et sur l'intime relation de la photographie avec celle-ci. Paradoxalement, la photographie de famille utilisée pour retenir l'image d'êtres chers, retient surtout la trace de leur absence. Mon travail cherche à rendre visible cette absence ainsi que les limites du médium photographie dans son rôle attendu de miroir et d'aide-mémoire .

Les photographies trouvées sont traitées de manière à révèler leur qualité de fragment et à ébranler leur prétention à rendre une image s'approchant de la totalité de l'expé­rience ou de l'histoire.  «The photograph is only a trace of the trauma (...) it is precisely in its critical trace that it should not be vainly employed to reconstruct an impossible totality.»1

Les détails choisis pointent plutôt vers ce qui manque dans les images/souvenirs, indiquent ce qui en est disparu, a été oublié et finalement reconstruit.

Les erreurs/accidents des photographies amateures  (surexposition, cadrage coupant la tête des personnes, etc.) contribuent à masquer cela même qu'elles veulent montrer. Mes interventions visent à mettre en valeur ces accidents et à en provoquer d'autres afin de diriger l'attention vers certains détails, vers certains punctums .

L'incomplétude de ces fragments, outre le sentiment de perte qu'elle veut suggèrer, engage le spectateur dans un rôle actif d'imagination des parties manquantes et des liens entre celles qui sont visibles. Les objets et les personnes émergent tels des fantômes, de la noirceur ou de la blancheur du papier qui est à la fois support de mémoire et d'oubli. 

Entre les photographies et leurs sujets, se sont formés des trous qu'on s'acharne à vouloir remplir.


1 Andrea Liss, «Contours of naming», The Identity Card Project and the Tower of Faces at the United States Holocaust Memorial Museum, Public 8, Public access, Toronto, ed. Max de Guerre et Kathleen Pirrie Adams, 1993.