Dans la série Trous de mémoire, j’intervenais sur les photographies elles-mêmes, dans Figures, j’intervenais à la prise de vue alors que dans la série Après (2003), je décide d’intervenir sur les objets eux-mêmes, avant de les photographier le plus réalistement possible. Dans Après, mes interventions sur des objets jetés à la rue — fauteuils, matelas, divans, chaises — sont, elles aussi, chargées d’affect. Je déchire et éventre littéralement les objets pour en montrer la chair et en briser l’enveloppe.

Dans Après, comme dans la série Trous de mémoire, j’entremêle mes interventions sur les objets avec la simple captation d’objets déjà endommagés. Certains objets sont présentés en diptyque, donnant à voir leur état, avant et après mon intervention, d’autres ne sont présentés que dans l’état subséquent à mon intervention. La dernière image de la série présente une maison en processus de démolition, à laquelle on a arraché le revêtement de briques, ses fenêtres et ses portes, pour la laisser dénudée, révélant le papier goudron. Ce dénudement, cet arrachement des surfaces externes pour révéler l’intérieur constituent le geste principal et répété réalisé dans cette série.

Afin de rendre la présence des objets plus vive, les images de la série Après utilisent les capacités de détail du négatif de format moyen à grain fin et celles-ci sont agrandies à des dimensions proches de la grandeur réelle de ces objets. De plus, la mise en espace, la hauteur d’accrochage évoquent la position où ils ont été trouvés dans les ruelles, les matelas et la chaise de vinyle étant installés très bas au mur.

Une image de la série Après annonce la série suivante Infortunes. Il s’agit de la seule figure humaine parmi tous ces objets, celle d’un homme, vu de dos dans une ruelle, tête baissée, portant une veste déchirée, laissant voir la rembourrure blanche. Cet homme à la veste déchirée dans Après, constitue la première occurrence de la figure de l’indigent dans mon travail.